L’Américaine

Résumé: Femta Compaoré est une mère célibataire qui tente de divorcer de son premier mari Obê quand Uthman entre dans sa vie à un point où elle croit qu’elle n’a plus d’espace dans son cœur pour l’amour.

CHAPITRE 1

Femta

L’extérieur de l’aéroport de NY LaGuardia était ensoleillé. Il faisait très chaud et l’atmosphère était bruyante à cause des voitures qui klaxonnaient à tue-tête et des sirènes à volume maximum des véhicules appartenant aux agents de régulation de la circulation.

La chaleur estivale était presque insupportable, mais elle avait pris soin de porter une matière perméable à l’air pour ce voyage.
Selon elle, la chaleur était bien pire qu’au Texas à cause de tous les grands immeubles. L’air ne circulait même pas à son avis. La chaleur avait fouetté son visage dès qu’elle avait mis les pieds à l’extérieur des portes coulissantes en verre avec une telle vigueur que Femta soupira et leva les yeux.

A cause de sa religion, elle garda pour elle son envie de se plaindre et marcha rapidement pour se rendre à son arrêt.
Certains passagers bousculèrent Femta et leurs odeurs corporelles s’infiltrèrent dans ses narines. Elle plissa le nez et poussa rapidement la poussette du bébé pour atteindre l’arrêt de bus et oublier ces odeurs désagréables.

Grimaçant face à la cacophonie ambiante, elle priait que son bébé reste endormi malgré tout cela.
Son « tonton » était censé l’attendre mais elle savait qu’il ne serait pas là à l’heure, elle devrait compter sur l’heure Africaine qui n’était pas en sa faveur.

Femta serait chanceuse si Tonton Kaboré avait juste une heure de retard.
La première fois qu’il devait l’accueillir dans ce même aéroport, lorsqu’elle était venue pour la première fois du Burkina Faso il y’a 13 ans avec un visa Étudiant, il avait 3 heures de retard.

Femta Compaoré se tenait au terminal des arrivées de la compagnie American Airlines, baladant son regard entre son bébé paisiblement endormi dans sa poussette, les voitures et les bus qui allaient et venaient, et le surveillant du parking ou l’agent de sécurité qui lui rappela un amour d’origine Kenyane. Peu importe la vraie description de cet emploi, elle ne savait pas. Ce qui était évident était un uniforme, une guérite et un talkie-walkie qu’il arborait. Quel parcours ! pensât–elle en silence en se rappelant du Kenyan.

Au Burkina Faso, treize ans auparavant, ses amis avaient commencé à l’appeler l’Américaine. Aujourd’hui, elle était une personne totalement différente, avec un bébé ; une mère célibataire. Ajouta sa conscience.
Elle grimaça et essaya de retrouver ses idées quand elle entendit une voix un peu trop proche d’elle.

« Puis-je vous aider ma sœur ? » Le surveillant du parking ou l’agent de sécurité s’était faufilé à côté d’elle pour le lui demander vu qu’elle paraissait perdue dans ses pensées. Il l’avait surprise mais elle agissait comme si de rien n’était.

Femta regarda sa montre au poignet juste partiellement visible sous sa chemise à manches longues. Un sourire gêné s’échappant de ses lèvres.
Il était presque 14 heures et c’était l’heure  de faire ses prières. Retrouvant rapidement ses pensées elle répondit. « Non, merci. Mon oncle sera bientôt là. » Elle murmura « s’il plait à Dieu » et tourna la tête dans une autre direction pour le dissuader de continuer à lui parler. Elle pensa à aller à l’intérieur de l’aéroport pour trouver un endroit tranquille afin de faire ses prières mais elle avait peur de manquer l’arrivée de son oncle. Elle sortit donc de la poche de sa jupe maxi son téléphone pour tenter de l’appeler quand le jeune homme l’interrompit de nouveau. « D’où venez-vous ma sœur ?».

Putain, je ne veux pas te parler. Je pensais que mon langage corporel était assez clair, se dit-elle intérieurement en roulant ses yeux de noisettes.
Avant de lui répondre, elle le scruta attentivement pendant un moment. Femta louchait tout en tordant le coin de sa bouche. Ses cheveux bouclés ne lui échappèrent pas. Ses yeux de biche non plus. Un Somalien à coup sûr, hum peut être un Ethiopien.

Oh mon Dieu, je me renseigne sur lui. Elle secoua la tête horrifiée et répondit gentiment, « essayez de deviner ». Les mots qui lui sont soudainement sortis de la bouche la surprirent, elle remit ses lunettes à soleil. « Essaie de déballer un cadeau suspect, » pensa-t-elle avec un petit sourire sur les lèvres et elle appuya sur les touches de son téléphone.

Elle mit son téléphone sur son oreille droite sous son voile.
Le téléphona sonna et sonna. Au moment où elle s’apprêtait à laisser un message à tonton Kaboré. ‘Cheveux Bouclés’ lança, « Nigéria! ».
Femta renfrogna, lui ordonna de se taire avec le mouvement de son index, et elle laissa un message vocal à son Tonton.

« Assalamu aleikum Tonton. C’est Femta. Je suis arrivée à New York. Je t’attends à l’arrêt mais je dois prier. Je serai rapide. Fais-mois signe quand tu arrives. Masalam. »

Elle raccrocha après ces paroles, mais elle savait qu’espérer que son oncle serait là à son retour équivalait  à prendre ses désirs pour des réalités. Pourquoi devait-elle faire tout ce chemin jusqu’à New York pour renouveler le passeport de son fils ? A cause de son héritage paternel en Côte d’Ivoire. De plus elle devrait conduire jusqu’à Washington pour refaire son propre passeport, ceci l’agaçait au plus haut point Pourquoi ne serait-ce pas aussi facile comme aller au bureau de  poste ? Réalités amères d’être une immigrée en effet, ajoute-t-elle intérieurement.
La voix de l’homme aux cheveux bouclés la tira de sa rêverie momentanément.

« Alors ce n’est donc pas le Nigéria mais vous êtes certainement de l’Afrique occidentale Française. Vous avez les traits de visage d’une personne d’origine Ouest-Africaine ,» a-t-il ajouté en souriant sciemment. Elle méprisait ses manières débonnaires et répondit : « C’est bien pour vous d’avoir trouvé une pièce du puzzle. Au revoir. »

« Je suis Uthman. Puis-je savoir s’il vous plaît votre nom, Madame ? » A-t-il continué. « Je sais que vous venez de me rencontrer, mais pourrais-je avoir votre numéro ? ». Femta détecta sa référence à la chanson Américaine de Carly Rae. Elle sourit donc et se calma. Quel était le problème ? Rien de mal ne pourrait se passer, pensait-elle. Il ne la reverra plus jamais de toute façon. Elle ne le permettrait pas. Pas plus d’Africains. Pas plus d’hommes d’aucune race. La dernière relation qu’elle a eue l’a écorchée à vie et lui a laissé un bébé !

Sa tante laïque, tantie Geneviève, avait dit en plaisantant une fois « Tous les hommes ont le même père et la même mère ». Femta déduisit que sa tante avait raison, même si elle ne croyait pas réellement à l’histoire d’Adam et Eve. Tante Geneviève croyait juste que tous les hommes, sans distinction de race, se comportaient de la même façon et Femta ne pouvait pas être plus d’accord.

« Ousmane, » dit-elle en français et continua, « Je suis Femta. Comme le soda Fanta. Je ne peux pas vous donner mon numéro. Maintenant, comment savez-vous que je ne suis pas mariée? Quoi qu’il en soit, prenez soin de vous. » Et elle tourna rapidement les talons et retourna à l’intérieur de l’aéroport, derrière les portes coulissantes, poussant la poussette rapidement avant que l’homme aux cheveux bouclés puisse débarquer et l’importuner de nouveau avec des questions encore plus indésirables. Une partie d’elle a fondu et elle ne savait pas pourquoi. Mais, Femta continua de marcher avec son sac à dos et son sac à main niché sur son épaule gauche.

« Femtastique, » elle crut l’entendre crier quand elle s’est rapidement enfuie. Son père aimait les noms uniques et parfois son nom attirait de grands débats sur le féminisme tandis que d’autres fois, il venait créer la confusion. Aujourd’hui, elle n’en avait aucune idée. Simplement dit, elle ne savait pas où l’aiguille de la balance pointait.

Quand elle revint de la prière de Zhur et Asr, elle fut stoppée dans son élan en passant les portes coulissantes lorsqu’elle aperçut son oncle et « The Ottoman » riant aux éclats comme de vieux copains !
Oh ! Maintenant quoi ? Elle souffla et se précipita vers eux avec ses bagages et son bébé remorqué avec pour mission d’arrêter la progression de cette amitié naissante.

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Papatia Feauxzar

Papatia Feauxzar est l’éditrice d’Amour & Relations à Hayati Magazine. Elle est aussi une écrivaine Américaine d’origine ouest Africaine qui vit aux Etats Unis avec son fils et son mari. Elle est Comptable. Feauxzar a publier plusieurs romans en Anglais. ‘L’Américaine’ est son seul roman traduit en Français. Visitez sa maison d’édition sur le site https://www.djarabikitabs.com pour plus de details.

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